Chez Karam
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Ce soir-là, sous la lune jaune, nous nous sommes donnés l’un à l’autre, dans un oubli total de la vie du dehors et des méandres de nos vies séparées. Un moment de souvenir en devenir. Sans avenir ni revenir.
La mémoire est comme un coffret qui renferme un trésor de souvenirs. Trésor d’impressions. D’odeurs. De couleurs vives ou tristes. De sons. De voix familières ou hostiles. De cris et de larmes. De sentiments, durs ou joyeux. De regrets. Voire de remords. Ce coffret reste toujours entrouvert, présent, parfois vital. Un ancrage entre rêve et réalité qui s’effiloche au fil des ans. Une légende ou un mythe personnel. Bagage invisible, il peut devenir lourd. Parfois intolérable. Il peut aussi être oublié, enfoui sous les décombres d’une vie remplie de je-ne-sais-quoi ; des chemins de l’école aux chemins de taxi, d’avions en continents, les cartes de villes renferment des vies cachées, des amours enfermées dans des boîtes. Ces boîtes peuvent se rouvrir à la faveur d’une émotion, d’une parole ou d’une rencontre. Chacun porte ses trésors, ceux qui l’allègent et ceux qui l’accablent, ceux qui le transportent comme ceux qui le déportent. Mon trésor-Jelena a retrouvé son poids d’il y a vingt ans. Il est plus violent que jamais. Il me faudra longtemps pour le ranger parmi les trésors oubliés.
Ce matin, Jelena avait les yeux bruns. J’ai bouclé ma valise. Je ne reviendrai plus à Marrakech.
FIN
Yves De Wolf – Clément
Bruxelles, septembre 1999
