Eric BRUCHER vous présente ses coups de coeur de littérature française et surtout belge et Geneviève RENARD vous fera voyager à travers la littérature française et étrangère.
Horaire: Vendredi 7H15, 10h15 et dimanche à 12H15
Après avoir proposé en 2004 un récit traitant du Rwanda, Yves De Wolf-Clément revient à l’Afrique des Grands Lacs, mais au travers d’un roman publié lui aussi chez Le Cri Les chemins de Goma.
Un roman d’aventures en tous sens aux alentours de Goma, nord Kivu, Congo, qui confronte guérilla révolutionnaire et aide humanitaire, tandis que les médias sont instrumentalisés et que le business des médicaments se mêle au rançonnage. Au cœur de cette complexité où intérêts économiques le disputent aux enjeux politiques, l’humanitaire n’est-il pas ou naïf ou futile ?
Audrey De Ridder est une humanitaire au long cours, baroudeuse de longue date dont la vie entière tient en un sac à dos. Une humanitaire au total trop sûre d’elle, de sa raison et de son sens du vrai ou du juste. Chargée de remettre de l’ordre dans la gestion financière de trois camps de réfugiés à quelque distance de Goma – camps dont le chef, José Echevarria, a disparu – sitôt arrivée, la voilà prise en otage par des guérilleros. Elle parvient à s’échapper et à sauver son chauffeur. Mais son intérêt à retrouver Echevarria la met en danger, désormais espionnée et suivie, tandis que se prépare un putsch militaire pour libérer le Kivu de l’exploitation capitaliste. Les guérilleros emmenés par les deux Commandants Moja (un affreux dépigmenté) et Tatu préparent une opération d’envergure dans l’esprit de Che Guevara. Car on se rappelle que le Che avait tenté d’exporter la Révolution au Congo en 1965. Ce serait mener la grande révolte contre les humiliations, réussir là où le Che n’avait peut-être pas eu le temps. Car plutôt que se contenter des soins, n’est-il pas plus efficace de s’en prendre aux exploiteurs dans l’action révolutionnaire? Mais sera-t-ce le Grand Soir ou la razzia ? Et ces révolutionnaires ne sont-ils pas eux-mêmes que l’outil de puissances supérieures bien davantage conservatrices..?
On retrouve dans ce roman trop foisonnant pour pouvoir faire davantage que seulement les évoquer, les ingrédients d’une certaine réalité africaine que l’auteur connaît bien: le trafic des devises aux frontières, le pillage des hôpitaux, le sida, la cruauté des maï maï, la débrouille (le fameux ‘article15’ sous Mobutu), des aventuriers, des potentats cruels, des espions ougandais, des embuscades, des milices angolaises, des pilotes russes, des détournements de fonds, des diamants, le business parfois cynique de médicaments expérimentaux, et même un Consul de Belgique suspect occupé avec de jeunes enfants…
Yves De Wolf-Clément pose cette question : le recours à la violence est-il légitime, la révolution fera-t-elle vraiment changer les mœurs ? L’humanitaire trop sûr de lui ne joue-t-il pas le rôle de tremplin pour les révolutionnaires, ou n’est-il pas futile face à l’énormité et la complexité des enjeux ? La morale étant peut-être de ne pas juger trop vite et de se méfier des fantasmes, ceux du ‘rebelle dangereux’ ou de l’‘humanitaire justicier’ en tout cas.
Eric Brucher (03/12/10)



